Visite Opéra de Paris
17 janvier 2026
Ce samedi matin de nombreux touristes se pressent devant la grille du Pavillon de l’Empereur, qui n’ouvre qu’à 10h. Le groupe de l’ARC (26 personnes) a du mal à se retrouver et à aller jusqu’au guichet des audiophones. Enfin équipés, nous sommes prêts à écouter l’exposé de Marie-Claire, bénévole de l'ARC, experte de l’Opéra.
Origine de ce bâtiment : Napoléon III, victime d’un attentat en 1858 dans l’ancien Opéra de la rue Pelletier, souhaite faire construire un nouvel Opéra dans le voisinage du Louvre. Il veut un accès direct à sa loge.
Sur 171 architectes en lice, Charles Garnier, 35 ans, remporte le marché.
Son projet fait face à des problèmes importants : sol marécageux nécessitant 8 pompes 24h/24 pendant 8 mois, combats de la Commune dans les rues voisines en 1870, réticence de l’Impératrice Eugénie qui préfèrerait Viollet Leduc. Malgré tout, Charles Garnier réussit un chef d’œuvre qui réunit le plus grand nombre de superlatifs :
1. plus grand théâtre du monde à l’époque (2000 places),
2. plus grande scène d’Europe, (1400m2 accueillant 450 artistes),
3. plus belle décoration polychrome avec 36 marbres différents, 45 onyx, des mosaïques luxueuses (or, améthyste, topaze, rubis, saphirs, etc…) à un coût élevé
4. plus grand escalier haut de 30m, plus tard copié dans le monde,
5. pour la première fois structure du bâtiment en fer (6600 tonnes),
6. pour la première fois également un Grand Foyer qui fait penser à la Galerie des Glaces à Versailles !
Le concept est innovant : un monde de rêve où le spectateur devient acteur au centre du Grand Escalier

LE PAVILLON DES ABONNÉS
Les quelque 80 abonnés arrivaient en fiacre dans le Pavillon des Abonnés. Au sol, de la mosaïque, symbole de bonheur. Au plafond, pour la première fois dans l’histoire, l’architecte signe son nom en calligraphie arabe pour évoquer la magie de l’Orient.

LA PYTHIE
La prêtresse d’Apollon, dieu des Arts et de la Beauté masculine, rendait ses oracles dans une grotte à Delphes. La voici à Paris, en bohémienne qui accueille le public et symbolise la face cachée du théâtre : derrière chaque romance sur scène se cachent la jalousie, la haine, les sombres complots…
On doit la belle statue à la Duchesse Castiglione-Colonna, sculptrice qui se faisait appeler Marcello.

L'ENTRÉE DU PUBLIC
Le public ordinaire entrait par les escaliers devant la place de l’Opéra. Ces gens arrivaient 3 heures avant le spectacle afin de trouver un siège au “Poulailler”.
Quatre statues de compositeurs européens les accueillaient : Haendel, Gluck, Lulli, Rameau
LE GRAND ESCALIER
C’est un choc devant tant de luxe !
Le spectateur est au cœur de l’Opéra et devient lui-même acteur lorsque les gens amassés sur les balcons, commentent ses faits et gestes.
Deux caryatides, la Tragédie et la Comédie, accueillent les spectateurs du Parterre

Le plafond en 4 tableaux d’Isidore Pils, célèbre la gloire d’Apollon. 6400 lumières éclairent la salle. Un puits de lumière connecte le monde de rêve au ciel - monde des dieux !

L’AUDITORIUM
Salle dite “à l’italienne” recouverte de velours rouge pour rehausser le teint des femmes, à l’acoustique exceptionnelle. L’Empereur s’assied à gauche, dans sa loge côté jardin.
Trois loges sont toujours réservées au docteur, au pompier … et au fantôme de l’Opéra ( loge 1 place n°5) !
Le plafond de Chagall remplace depuis 1964 celui de Lenepveu, sali jadis par la fumée des 350 becs de gaz du lustre. On y voit 14 scènes des divers opéras. Il fallut à Chagall 4 ans de travail. Il ne se fit pas payer, il voulait témoigner sa gratitude à la France qui l’avait accueilli.
Les décors jadis mus par des cabestans, fonctionnent de nos jours par ordinateurs.

FOYER DE LA DANSE
Derrière la scène, se trouve le Foyer de la Danse qui évoque de bien tristes rencontres.
Lieu où les ballerines s’habillaient ou répétaient, il accueillait aussi les “protecteurs” des jeunes filles de 13/14 ans. les familles pauvres (43% d’illettrés) “vendaient” leurs filles à ces messieurs les abonnés (d’où l'expression "s'offrir une danseuse). Pratique qui a duré jusqu’en 1930. De nombreuses danseuses se suicidaient. Degas a immortalisé ce fait dans ses tableaux : un homme en noir, ses souliers, son chapeau, représentent le “protecteur”
AVANT-FOYER, ROTONDES DE LA LUNE ET DU SOLEIL, GRAND FOYER
Une promenade sur les 8700 m2 de luxueuses mosaïques réalisées par les 14 artisans vénitiens employés par Garnier permet d’accéder aux deux petites rotondes symbolisant le jour et la nuit.
Les entractes sont longs à cause des changements de décors. Garnier propose encore d’évoluer dans un monde de rêve, un verre de champagne à la main. Voir et être vu ! Les hommes ont ce privilège jusqu’à ce que la reine d’Espagne Isabel II brise le tabou et s’avance dans le Grand Foyer !

Le Grand Foyer a demandé 8 années de travail à Paul Baudry pour peindre le plafond : on y voit 8 muses (il manque la rhétorique Polymnie !), des représentations de la Comédie, de la Tragédie, de la Musique et de la lyre d’Apollon. Partout de l’or … et le buste de Charles Garnier.
En fin de parcours, on évoque l'École de Danse de l’Opéra. Les artistes de l’Opéra comptent 154 danseurs dont 19 étoiles et donnent annuellement 180 représentations.
A la fin de la visite Catherine emmène un petit groupe vers une crêperie du quartier.
Merci à Tatiana et Jean-Marc, à Catherine, à Marie-Françoise, pour les photos